La spectroscopie infrarouge : une technique au-delà de l'analyse alimentaire
La spectroscopie proche infrarouge, ou NIRS, fonctionne en projetant de la lumière sur un échantillon et en analysant la façon dont celui-ci la réfléchit. Chaque substance : graisses, protéines, eau laisse une empreinte lumineuse caractéristique. Utilisée depuis longtemps pour contrôler la composition des aliments, la NIRS n'avait en revanche jamais été testée pour détecter des virus directement dans un aliment.
C'est cette idée originale qu'une équipe de recherche a décidé de mettre à l'épreuve, en travaillant d'abord sur de l'eau contaminée par un virus modèle, proche des norovirus : ces agents responsables de nombreuses gastro-entérites. Les premiers résultats ont été encourageants : la technique permettait non seulement de repérer la contamination, mais aussi d'en estimer le niveau.
Le lait : un terrain plus difficile
Passer de l'eau distillée au lait demi-écrémé, c'est passer d'un milieu simple à une matrice extrêmement complexe, riche en graisses, protéines et sucres qui brouillent le signal. Pour s'assurer que les résultats n'étaient pas le fruit du hasard, l'expérience a été entièrement reproduite huit mois plus tard, avec du lait de la même marque mais issu d'une production différente.
C'est face à ce défi que la cellule d'appui à la recherche a joué un rôle central.
Un accompagnement décisif, de l'analyse de données à l'intelligence artificielle
Traiter des données spectrales issues d'une matrice alimentaire variable ne s'improvise pas.
La cellule d'appui est intervenue à plusieurs étapes clés du projet :
- D'abord pour les premières analyses statistiques, afin d'identifier des tendances dans les données brutes ;
- Puis pour restructurer et nettoyer les données lorsque les résultats des deux expériences se révélaient difficiles à combiner ;
- Enfin pour développer un modèle mathématique avancé, en s'appuyant sur des techniques de machine learning et de programmation scientifique, avec le soutien d'outils d'intelligence artificielle.
Le modèle final, d'une conception originale, a permis d'exploiter conjointement les données des deux séries d'expériences pour gagner en robustesse et en fiabilité.
Un résultat concret pour la filière alimentaire
Le modèle développé est capable de détecter environ 5 000 particules virales par millilitre de lait : un niveau de sensibilité compétitif au regard de la simplicité de la méthode. Là où les techniques de référence nécessitent des étapes d'extraction longues et coûteuses, le NIRS analyse l'échantillon directement, rapidement et sans préparation lourde.
Ces travaux, publiés fin 2025 dans la revue internationale Food Chemistry, ouvrent la voie à de nouveaux outils de surveillance dans les industries laitières et agroalimentaires.
La cellule d'appui à la recherche : un pont entre disciplines
Ce projet illustre parfaitement la valeur ajoutée de notre cellule d'appui scientifique intégrée à la recherche. En apportant une expertise pointue en traitement des données et en accompagnant nos chercheurs sur des méthodes qu'ils ne maîtrisent pas toujours, elle permet de franchir des obstacles. Dans un contexte où les projets de recherche mobilisent des compétences de plus en plus variées ce type d'appui transversal devient un atout stratégique pour notre établissement.